'Yeot'&'Chapssaltteok' : les aliments que les Coréens mangent pour souhaiter la réussite aux exams

'Yeot'&'Chapssaltteok' : les aliments que les Coréens mangent pour souhaiter la réussite aux exams

Chaque année en novembre, un phénomène culturel à la fois singulier et profondément touchant s'empare de la Corée du Sud à l'approche de l'examen national d'entrée à l'université (Suneung). Alors que les proches des étudiants à travers le monde offrent des cartes de vœux ou du chocolat, les grilles et les casiers des lycées coréens sont systématiquement recouverts de quelque chose de bien plus collant : le "Yeot" (confiserie traditionnelle au malt) et le "Chapssaltteok" (gâteau de riz gluant). Loin d'être une simple envie de sucre, c'est un exemple fascinant de folklore linguistique, où les propriétés physiques des aliments sont érigées en métaphores culturelles de la réussite scolaire.

Dans cet article

La métaphore linguistique : "Coller" équivaut à réussir Le rituel de la grille : Écraser la confiserie pour s'assurer de la chance Le menu interdit ultime : Soupes glissantes et aliments brisés Le guide de promenade FrontLens : Ressentir l'énergie du Suneung à Séoul

La métaphore linguistique : "Coller" équivaut à réussir

Pour comprendre pourquoi les Coréens offrent des aliments extrêmement collants avant un examen qui va bouleverser des vies, il faut se pencher sur le double sens du verbe coréen "Butda" (붙다). Dans une conversation courante, "butda" signifie adhérer physiquement, être collé ou fixé à une surface. Cependant, dans un contexte universitaire ou professionnel, le même mot exact est utilisé pour exprimer le fait de "réussir un examen" ou d' "être admis dans une université".

En raison de cette homonymie linguistique, les aliments aux qualités hyper-adhésives sont devenus de puissants symboles de chance. En consommant du Chapssaltteok (gâteaux de riz denses fourrés à la pâte de haricot rouge sucrée) ou en croquant dans le très ferme Yeot, les étudiants participent à un savoureux jeu de mots. C'est la manifestation sensorielle d'un souhait collectif implicite : que le nom de l'étudiant reste "collé" de façon permanente sur la liste des admis de l'université de ses rêves.

Le rituel de la grille : Écraser la confiserie pour s'assurer de la chance

Dans les semaines qui précèdent le Suneung, ce calembour culturel se transforme en un rituel public extrêmement visible. Les élèves des classes inférieures, les parents et les enseignants se rassemblent devant les portes principales des lycées du pays. Offrant une scène curieuse pour les observateurs internationaux, ils prennent des morceaux de Yeot humide et malléable et les écrasent ou les pressent vigoureusement directement sur les piliers en pierre et les grilles en fer de l'école.

Cela s'apparente à un élan communautaire de protection et d'encouragement. La logique veut que si la confiserie reste fermement collée à la grille malgré la gravité et le vent d'automne, les étudiants qui composent à l'intérieur du bâtiment réussiront leurs examens haut la main. Bien que les jeunes générations abordent cela avec une pointe d'humour, la portée émotionnelle sous-jacente est indéniable. Elle illustre une société ultra-compétitive qui habille ses angoisses les plus profondes de douceur et de folklore traditionnel.

Le menu interdit ultime : Soupes glissantes et aliments brisés

Tout comme il existe des aliments collants obligatoires pour appeler le succès, la culture culinaire des examens en Corée comporte une liste intangible d'aliments interdits basés sur le principe linguistique exactement inverse. Le tabou absolu le matin de l'examen est la "Miyeok-guk" (soupe d'algues). Bien que très nutritive et traditionnellement consommée pour les anniversaires, la texture glissante et gélatineuse des algues évoque l'expression "Migeureojida" (미끄러지다) — qui signifie glisser, déraper ou échouer lamentablement à un examen.

La paranoïa culinaire ne s'arrête pas à la soupe. Les plats à base d'œufs sont souvent évités car un œuf ressemble à un zéro ("0"), et les aliments croquants qui se brisent facilement, comme les biscuits, sont proscrits de peur que la concentration ou les notes des élèves ne se "brisent" de la même manière. Lors d'une matinée où dix ans de scolarité sont évalués en un sprint de 8 heures, des millions de foyers préfèrent ne prendre aucun risque, optant pour une bouillie de riz nature et facile à digérer dans des thermos.

Le guide de promenade FrontLens : Ressentir l'énergie du Suneung à Séoul

Si vous visitez Séoul à la fin du mois d'octobre ou au début du mois de novembre, vous pouvez ressentir cette atmosphère électrique et cruciale qui émane des quartiers dynamiques de la ville. FrontLens recommande d'explorer des coins spécifiques pour observer ce rituel culturel unique en temps réel.

Tout d'abord, promenez-vous dans les ruelles historiques d'Insadong. Les boutiques de confiseries traditionnelles y exposent de magnifiques coffrets cadeaux élaborés pour le Suneung, remplis de Yeot artisanal enveloppé dans des tissus de fortune rouges et dorés. Ensuite, visitez des temples historiques comme le temple Jogyesa dans le centre-ville de Séoul ou le temple Bongeunsa à Gangnam. Vous y verrez des milliers de parents allumer des bougies et déposer des gâteaux de riz collants devant les autels, offrant un contraste silencieux et intensément spirituel avec la métropole technologique et bouillonnante qui les entoure.